Avatar : la science-fiction dans une nouvelle dimension !
Quatre ans, quatre ans qu'on entend parler du film à très gros budget de James Cameron, Avatar. Et ça y est, après quelques dernières retouches colorimétriques ces derniers mois, 200 millions de dollars dépensés en marketing (ce qui monte le budget total à 500 millions !), notre patience est récompensée.
Ce plaidoyer écologique façon science-fiction semble devoir faire l'unanimité, et en 3D s'il vous plait ! On y retrouvera d'ailleurs Sam Worthington qui a inauguré la nouvelle trilogie Terminator avec Terminator Renaissance. La boucle est bouclée, voire reprise puisque si l'accent est mis sur le fait que James Cameron soit le réalisateur de Titanic, pour nous, il est avant tout celui d'Abyss et bien sur le Terminator, le vrai... l'original (terminator et Terminator 2) ;-)
Voici donc notre avis sur le film Avatar, avec une petite bande-annonce du film, qui sera rejointe par une analyse de Laurent Gidon d'ici peu ;-)
L’histoire
En l’an 2153 , Jake Sully, ancien marine, paraplégique, accepte de participer au programme Avatar. Il remplace ainsi son défunt frère jumeau et est envoyé sur Pandora, une lune recouverte d'une jungle luxuriante, qui gravite autour d'une exoplanète, en orbite dans le système stellaire d'Alpha Centaurie.
Pandora est peuplée d'une faune et d'une flore incroyables, aussi magnifiques que terrifiantes, et est habitée par les Na'vis, une espèce indigène humanoïde plus ou moins hostile et considérée comme primitive par les Terriens.
Pouvant atteindre trois mètres de haut , ils ont une peau bleue et une queue ; ils vivent en harmonie avec leur environnement. Les Na’vis possèdent également une natte grâce à laquelle ils peuvent télépathiquement communiquer avec les animaux et les plantes, échanger des sensations... ils appellent cela faire le lien.
Notre avis sur Avatar de James Cameron, par Franck
Petite parenthèse tout d’abord pour dire que j’ai vu le film dans une salle en 3D avec lunettes et que c’était ma première expérience en 3D. Alors ? Il est vraiment terrible ce film ? Y-a-t-il un avant et un après Avatar au cinéma ?
Une chose est sûre ! Pandora, la planète aux confins de l’espace existe ! Oui ! Et James Cameron y est allé pour tourner son film. Pendant les 2h40 de cinéma, j’ai eu des sensations de profondeur, l'effet 3D prend tout son sens. J’ai quelques fois eu le vertige lors des scènes dans les montagnes flottantes (NDW : dans l’esprit de Chasseurs de dragons) ! C’est vraiment grandiose !
Attention, il ne faut pas y aller en pensant que le film ressemble à l’attraction de Disney où des mains, des choses nous arrivent dessus, c’est plus la sensation de profondeur de champ qui prévaut dans ce nouveau Cameron. Au tout début aussi, on se sent à l’intérieur du cockpit du vaisseau spatial, si bien que de nombreux spectateurs ont tourné la tête pour virer à gauche ou à droite. Preuve que la magie et le réalisme de la 3D opère !
Préférez donc aller voir Avatar dans une salle IMAX car je pense que l’écran joue beaucoup sur l’effet 3D du film. Les super grands écrans de place d’Italie ou de la Géode sont surement mieux.
Voilà, pour la 3D. Coté décors, je pense que il y a au moins 50 pages à écrire. On reconnaît la touche Cameron et son Alien avec des superbes décors de vaisseaux spatiaux, des postes de commandement plus vrai que nature. Là, il a mis le paquet.
Cameron joue un peu l’explorateur de la planète Pandora avec la caméra et nous fait découvrir la faune et la flore avec un souci du détail et les effets spéciaux sont remarquables tout en étant invisibles : on s’y croirait !
Coté scénario, très moralisateur, se déroulant dans un futur très proche, Cameron nous dépeint notre race comme toujours, pas du tout préoccupée par notre environnement et surtout portée sur les ressources naturelles de la planète ! L’ancien marine Jake, au début va cautionner tout ceci sans broncher, retrouvant ses jambes grâce à son Avatar mais basculera vers une vie tout d’abord virtuelle (on le représente en tant que No-Life. Très belle analyse de notre société orientée loisirs. On préfère fuir la réalité en vivant par procuration dans des univers de type WOW ou GTA4) , puis réelle grâce aux Na’Vis.
Une très belle histoire sur la préservation de l’écologie sur fond de guerre menée tambours battants avec des gros robots et des vaisseaux spatiaux. On reconnaît là l’un des maîtres des films de science-fiction (Alien, Terminator, Abyss,...).
Coté personnages : Sam Worringhton ( Terminator Renaissance, Le choc des titans version 2010) est très crédible en Jake Sully, héro et sauveur de la planète. Sigourney Weaver est magistrale (NDW : elle a l’habitude de travailler avec Cameron ;-). On la connaît moins en gentille scientifique professeur et adepte de la nature. Une multitude d’acteurs secondaires est là pour donner du piquant au film, comme le colonel avec ses cicatrices et Michelle Rodriguez en pilote d’hélicoptère.
L’ensemble est assez bien structuré. Un bémol, le petit qui joue le chef des opérations pour la récolte de minerais est très connu et on a du mal à le voir jouer un homme responsable. (Il a tourné beaucoup de films en tant qu’idiot du village).
Sans doute une oeuvre qui va marquer une nouvelle ère dans les films fantastiques avec des effets visuels terribles (NDW : le récent District 9 faisait lui aussi preuve d’un réalisme bluffant !) . Cameron voulait introduire une 3D moderne et aboutie dans les prochains films : il ouvre la voie. Un film à voir en salles pour l’expérience 3D et à revoir en vidéo ;-)
Avis alternatif sur Avatar, par Loïc Fuentes
Très attendu (comme le disait Laurent, près de quatre années), Avatar est en phase de devenir un classique du film de SF.
Pour commencer, la réalisation est superbe. Nous sommes plongés dans un monde melant machines futuristes, jungle luxuriante, créatures fantastiques, montagnes en apesanteurs (qui ne sont pas sans rappeler la cite laputa d'un certain myazaki), tout comme cette foret rappelle celle de Princesse Mononoke - mais James Cameron dit ouvertement s'être inspiré du maître), batailles aériennes et tout ceci avec un véritable sens du détail.
Là où le film est époustouflant, c'est au niveau du jeu des acteurs, à travers des personnages en image de synthèse. La sensiblité de l'interpretation est aussi bien rendue à travers les rôles humains, que dans celui d'avatars de trois mètres de haut. Tout nous semble alors réel, tous ces details, jusqu'au reflet dans l'eau d'une poussière, et rendent ce monde crédible.
On ne peut évidemment pas passer à côté de la morale écologique du film, qui non seulement appelle à une prise de conscience de l'importance de la nature, et de sa connexion profonde avec les êtres vivants, mais aussi du pouvoir dévastateur de la race humaine, notamment à travers la force militaire.
L'histoire d'amour, passage obligatoire, n'est pas trop pesante dans le scenario et évite trop de clichets. Le casting est lui aussi réussi, et on note que Sigourney Weaver met, une fois de plus, une empreinte bien profonde dans le monde fantastique (je dirais bien une pointure 61 dans son Avatar ;-) ).
Le point négatif, la musique (principalement la musique de fin - Leona Lewis, "I see you", en décalage complet avec le film) qui fait très soupe "commerciale". Côté "original score", c'est James Horner, et sans être mauvaise, elle ne laisse pas grande impression dans l'ensemble de l'oeuvre.
Avatar est un bon film de science-fiction. Son histoire n'a rien d'exptionnelle, surtout parce qu'elle n'a rien de surprenant, mais ses effets speciaux et le monde créé appellent à la rêverie, stimulent l'imaginaire d'un monde merveilleux qui pourrait être le terrain de nombreuses histoires.
Avatar ne revolutionne pas le genre, mais apporte un nouveau souffle, une nouvelle manière d'envisager le film fantastique. Une experience cinematographique que je recommande vivement.
Avis alternatif sur Avatar, par Laurent Gidon : Passage au noir
Tout a déjà été dit sur ce film. Du pour, du contre, des chiffres, des impressions, voire des attentes de révolution (namého, la révolution 3D, comme vous y allez… vos yeux font ça depuis tout le temps). Je voudrais juste ajouter une note dans ce concert. Ou plutôt une lecture (oui, je lis les films, j’ai le droit, vous aussi).
Je vous fais le pitch, pour les retardataires : sur une planète lointaine, une entreprise humaine avide utilise le projet avatar (transfert d’un esprit humain dans un corps autochtone fabriqué) pour percer les défenses des gentils Na’vis locaux qui ne veulent pas lui laisser exploiter tranquillement le gisement de minerai qui assure sa richesse sur Terre. Si vous n’y êtes pas encore allés, vous venez d’économiser 2h40 de vie en trois lignes. Mais ce n’est pas la question. Comment peut-on lire ce film ?
Avatar, comme figure de proue d’une narration faussement positive et définitivement noire.
Je sais, ça sonne creux. Mais accordez-moi deux minutes, je vais creuser encore.
Avatar n’est pas la fable écolo gentillette que tout le monde s’est plu à fustiger.
C’est un film qui cache, derrière une violence acceptable (parce que justifiée, mais surtout jouissive), une autre violence insidieuse. Un film de l’impossibilité de vivre avec l’autre. Un film du combat légitimé par la victoire. Un film du repli sur ses peurs et son territoire.
Au lieu de se frotter les uns aux autres et de s’apprivoiser, humains et Na’vis se refusent d’emblée. Pas de dialogue. L’apprentissage de la langue de l’autre n’est justifié que par l’intérêt tactique ou économique. L’incorporation à l’autre n’est qu’une tactique, soit scientifique soit militaire, pour percer l’étranger. Chaque situation est un conflit qui ne se dénoue que par la lutte. Même lorsqu’il s’agit d’apprivoiser sa monture : « tu la reconnaîtras : c’est celle qui cherchera à te tuer ! » Tout un symbole.
Il n’y a pas que ces détails : tout le film, tout le scénario fonctionne sur ce principe. La donne de départ n’envisage pas que les Na’vis puissent s’intéresser aux besoins de leurs visiteurs, qu’ils puissent répondre à ce besoin en partageant une ressource, même inutile pour eux, qu’ils puissent gagner à cet échange l’opportunité de partager leurs valeurs, à égalité avec les humains, au lieu d’être immédiatement présentés comme inférieurs et colonisés.
La solution passe par la lutte, l’acquisition de forces supplémentaires, l’anéantissement des forces de l’autre et son éjection pure et simple du monde. Sur ce plan, les Na’vis feraient des humains très acceptables.
Une fausse note d’espoir montre à la fin le héros devenir Na’vi pour commencer une vie meilleure. Retenez vos larmes de joie : ce n’est qu’une horreur maquillée en conte de fée techno-psycho-philosophique. Cela nous dit : «Je ne peux pas être heureux en étant moi-même au contact de ce qui est différent : soit je meurs, soit je m’identifie à l’autre». La possibilité d’une évolution convergente n’est même pas évoquée. Les Na’vis ne peuvent changer, les humains non plus, le seul pas vers l’autre possible c’est de se nier soi-même, de disparaître, devenir l’autre. S’intégrer.
Et tout cela justifié par l’histoire. Par le fait qu’une histoire doit ménager son taux d’adrénaline, nouer ses conflits, les dénouer dans la violence, jouer de la menace et du soulagement, faire pleurer Margot sur une aventure improbable mais tellement excitante, frissonnante… Et préparer une suite encore plus sanglante. Que croyez-vous qu’il adviendra des Na’vis dans Avatar 2 ? Les gentils humains vont-il les laisser tranquilles sur leur planète, ou plutôt débarquer à nouveau, avec plus de haine, plus de forces, pour rétablir leur suprématie un instant vacillante ? De bien belles bastons en perspective…
En résumé : un thème sournoisement sombre malgré une mise en images de rêve coloré, et une narration fondée sur les ressorts classiques de la peur, de la menace, de la lutte et de la victoire espérée du faible sur le fort. Malgré l’enchantement visuel, Avatar est un voyage vers notre côté obscur. Au lieu de nous amener vers la lumière, il nous fait rétrograder dans les grottes de notre inconscient. Il n’y a pas de mal à cela dans l’absolu. L’inconscient est notre ami. L’arpenter aide à bouger. Mais ce voyage ne nous invite pas à évoluer : il nous roule dans nos instincts les plus anciens seulement pour nous y complaire.
Voilà ce que ce genre de films nous fait avaler, pas volontairement, simplement parce que le mode narratif le plus efficace fonctionne ainsi. Avatar n’est pas le seul, loin de là. C’est juste le plus récent et le plus cher. Une telle débauche de moyens empêche tout questionnement sur les fondements mêmes de cette narration. On discute à n’en plus finir sur la 3D, sur la faiblesse ou le déjà-vu du scénario, sur l’idéologie ouvertement défendue, parce que c’est visible. Tellement visible que cela cache l’essentiel. Nous sommes calibrés, depuis les mythes antiques, à vibrer sur ces cordes sensibles de la lutte et de la justice par la violence.
Si nous voulons sortir un peu de notre préhistoire avant l’extinction, il va peut-être falloir trouver d’autres façons de raconter nos histoires et aussi d’autres raisons de les aimer.
Avatar
James Cameron - 2009
Avec : Sam Worthington, Zoë Saldana, Sigourney Weaver, Michelle Rodriguez, Giovanni Ribisi.
Sortie dans les salles françaises : 16 décembre 2009
> Le site officiel du film Avatar
Article rédigé par Franck Audibert. Introduction et corrections de Laurent Delin.
© Twentieth Century Fox France pour les visuels
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