Nestiveqnen / Didier Graffet pour la couverture du livre
Interview de Anaïs CROS
ATEMPOREL : Bonjour Anaïs. Nous avons été séduits par la qualité de votre roman. Les thèmes abordés, la richesse de l'histoire et la qualité du scénario notamment. La couverture de Didier Graffet aide à se plonger dans l'histoire, le choix des personnages principaux étant pour le moins audacieux. Avez-vous travaillé avec Didier Graffet et/ou votre éditeur, Nestiveqnen, sur le choix de cette couverture ?
Anaïs CROS : A vrai dire non, pas du tout. C'est la maison d'éditions qui a pris contact avec Didier Graffet et qui a travaillé avec lui. Je n'ai eu aucun contact avec lui, ce que je regrette un peu parce que du coup je n'ai pas pu le féliciter pour son magnifique dessin. ;o) Une fois la couverture prête, la maison d'éditions me l'a soumise et comme elle me convenait parfaitement il n'y a eu aucune modification dessus. Je ne peux donc pas vous dire grand-chose sur le choix de mettre en avant les personnages principaux si ce n'est que ça reflète bien l'essence du livre, puisque ce dernier se base en très grande partie sur leur relation.
ATEMPOREL : Les personnages sont très variés et au profil intéressant. L'aspect psychologique de beaucoup d'entre eux est assez voire très travaillé. Par ailleurs vous utilisez des noms tout à fait adéquats pour chacun des personnages, ce qui permet de bien se repérer dans l'histoire. Comment préparez-vous vos personnages avant de les inclure dans votre récit ?
Anaïs CROS : Je n'ai pas fait des études en psychologie pour rien et je peux dire que souvent les personnages priment presque sur l'histoire pour moi. Ce n'est pas rare que j'aie une idée de personnage, de physique, de caractère, avant de savoir comment il sera inclu dans l'histoire. C'est alors le récit que je transforme pour y inclure les personnages et pas l'inverse. En général j'ajuste les deux en attribuant des caractéristiques particulières aux personnages de manière à servir l'histoire. Je ne prépare pas énormément plus. Par exemple je n'avais pas encore déterminé la relation exacte entre Listak et Torn avant la fin du premier tome et même maintenant que j'ai écrit le second la véritable identité du Fou reste incertaine pour moi. J'ai l'habitude de me laisser porter par les personnages et de simplement les laisser s'exprimer par ma bouche. Il y a quelques traits de caractère ou quelques éléments du passé du personnage qui forment un cadre, mais à l'intérieur de ce cadre il n'y a pas de préméditation, je me contente d'attraper le fil de l'inspiration. Comme tous les auteurs, je suppose, je suis chaque personnage et en même temps le regard extérieur sur chaque personnage. Je les laisse se construire petit à petit et je les découvre presque au fur et à mesure de l'écriture. Ca me permet de ne pas m'ennuyer et même parfois de me surprendre.
ATEMPOREL : Si j'ai un faible pour certains personnages comme le Fou, Adanse ou le Roi Torn, il n'empêche que Listak ou Evrahl sont très marquants et la transposition des personnages de Sir Conan Doyle est évidente (même si fortuite ;-). Avez-vous tenté de rendre un hommage, réussi, à Sherlock Holmes et le Docteur Watson dans un monde iréel ?
Anaïs CROS : Oui, bien sûr, et je ne m'en cache pas du tout, bien au contraire. Je suis une inconditionnelle du personnage de Sherlock Holmes. J'ai lu et relu l'oeuvre de Conan Doyle des dizaines de fois et depuis que j'écris je songe à mettre en scène mon héros de fiction favori. Malheureusement ce n'est pas si évident de toucher à un personnage aussi caractéristique et aussi bien connu du public, encore moins d'être à sa hauteur. Du coup il m'a semblé plus simple de créer mes propres personnages et mon propre monde tout en m'inspirant de Sherlock Holmes. Cela me donnait toute liberté de toucher au mythe sans le dénaturer. Du moins j'espère que c'est ce que j'ai fait... Ceux qui connaissent vraiment bien le personnage de Holmes et les histoires de Conan Doyle verront que le roman, particulièrement au début, est truffé de références à Conan Doyle. Il y a même des scènes entières qui sont inspirées de lui, spécialement la rencontre Listak-Evrahl. J'essayerai de maintenir ces petits clins d'oeil dans la suite, même si au fur et à mesure je vais m'éloigner un peu de l'hommage pour rentrer davantage dans de la fantasy pure.
ATEMPOREL : Nous avons lu sur le net que vous travailliez déjà au tome suivant, tome que nous attendons avec impatience. Il parait qu'il s'intitulerait La Lune Noire, du nom d'un quartier emblématique de la ville royale de Lunargent, lieu où se passe l'essentiel de l'histoire. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Anaïs CROS : Effectivement le second tome devrait avoir pour titre La Lune Noire et il s'agit bel et bien d'une référence au sinistre quartier de Lunargent, dans lequel vont se dérouler d'inquiétants évènements. Je ne veux pas en dévoiler trop pour le moment, mais je peux tout de même vous donner quelques éléments...
La Lune Noire se déroulera donc à Lunargent et il débutera, comme le premier tome, par une enquête à Castelune. Listak devra cette fois résoudre un meurtre qui risquent d'avoir de terribles conséquences. En parallèle la situation des nains à Lunargent va empirer de plus en plus et le racisme dont ils sont victimes finira par atteindre un point dramatique. On en apprendra davantage sur les origines de Listak et ses liens avec Torn, les mystères qui entourent le Fou s'épaissiront, les lutins joueront un certain rôle, tout comme les sombres habitants du quartier de la Lune Noire, on verra de la magie en action et de nouveaux personnages feront leur apparition...
Le livre sera un peu plus court que le premier tome, mais il sera aussi plus condensé. Maintenant que la présentation de Lunargent et des Territoires Magiques est faite, je peux me permettre d'aller plus vite à l'action sans m'étendre sur l'exposition.
Voici un petit extrait...
- Venez voir ! nous appela soudain Amhiel. On dirait que l’assassin est entré par la fenêtre !
Nous la rejoignîmes aussitôt et elle nous désigna des traces de neige sur le rebord de la fenêtre.
- On dirait que quelqu’un a pris appui là pour entrer dans la chambre, expliqua la jeune femme.
- Impossible ! grommela Lugantz depuis la porte. Jetez un coup d’œil par la fenêtre et vous verrez qu’on ne peut pas escalader la tour !
Ignorant son intervention, Listak examina longuement le rebord de la fenêtre, ainsi que son système de fermeture, puis il se pencha à l’extérieur, regarda vers le haut, puis vers le bas, revint à l’intérieur et hocha pensivement la tête.
- Vous avez raison, Amhiel, fit-il d’une voix distraite. Quelqu’un est entré par cette fenêtre, comme en témoignent la neige, les éraflures qu’ont laissées les bottes de notre assassin sur le bois du rebord et le fait que le loquet qui ferme la fenêtre a été brisé depuis l’extérieur. En revanche ce cher Lugantz a raison lui aussi, personne n’a pu escalader la tour. Si bien que les choses deviennent tout à fait inquiétantes…
- Mais si j’ai raison, il est impossible que l’assassin soit passé par la fenêtre ! s’exclama Lugantz avec incompréhension. Peut-être a-t-il laissé là ces marques pour nous tromper !
Listak secoua la tête.
- Non. Il a certes laissé ces marques en évidence à notre intention, mais bien plutôt pour nous révéler son identité.
Cette fois Lugantz afficha un air tout à fait confus. Moi-même j’avais du mal à suivre le raisonnement de Listak et il semblait en aller de même pour Amhiel. Dédaignant nos mines perplexes, le détective reprit son exploration méticuleuse de la pièce. Cela dura d’interminables minutes et nous commencions à être transis de froid dans le courant d’air généré par la fenêtre ouverte lorsqu’il décréta brusquement qu’il n’y avait plus rien à voir.
- Qui l’a trouvé ? demanda-t-il à Lugantz. Tyrius, son valet ?
...
Je ne sais pas si cet extrait est vraiment éclairant, mais c'est très difficile de sélectionner un passage intéressant qui n'en dévoile pas trop sur l'histoire... Pour information, cet extrait se situe au début du livre. :o)
ATEMPOREL : Vous abordez des thèmes peu courants dans un roman d'Héroïc Fantasy comme le racisme (lien vers l'article sur les Lunes de sang) par exemple. Quels autres thèmes seront abordés dans Le Lune Noire ? En saurons-nous davantage sur le peuple des fées ou les lunaires ?
Anaïs CROS : Comme je l'ai dit plus haut le racisme restera un des thèmes importants dans la Lune Noire, la situation des nains à Lunargent y tenant une place très importante. A vrai dire c'est difficile pour moi de définir quels seront les autres thèmes dominants, car je ne pense pas mon livre de cette manière... Je n'ai pas le recul nécessaire pour catégoriser réellement les évènements décrits et j'ai encore trop en tête les situations particulières pour avoir une vue d'ensemble, sans compter que je ne prémédite généralement pas les grands thèmes que je vais aborder...
Pour en savoir davantage sur les fées, il faudra encore être patient, car je ne devrais pas me pencher sur ces questions avant, au moins, le tome 4 ( si j'arrive jusque là). L'histoire va prendre de plus en plus d'ampleur et sa complexité va m'obliger à la développer sur une longue durée. En revanche on saisira mieux les actes et les buts des lunaires dès les tomes 2 et 3, à travers, bien sûr, le personnage d'Ombre.
ATEMPOREL : Le quatrième de couverture des Lunes de sang parle de nombreux autres romans que vous auriez écrits. Quels en sont les thèmes et les univers ?
Anaïs CROS : J'ai écrit trois autres romans de fantasy isolés, ainsi qu'une série de six romans de fantasy qui reprenaient les mêmes personnages sur des années, comme je compte le faire avec les héros des Lunes de Sang. Cette série ressemblait peut-être davantage à de la fantasy classique que les Lunes de Sang, mais elle a tout de même constitué un excellent entraînement pour voir les choses en grand et sur la durée. Parmi les trois autres romans de fantasy, il y a le tout premier livre que j'ai écrit et qui décrivait la quête de pierres magiques à travers le temps et l'espace, ainsi qu'un livre où il est question d'Amazones et de dragons, et un autre où l'on cherche à atteindre l'élévation spirituelle des dieux. Tous ces romans se déroulent dans des mondes différents qui n'ont en commun que le Thalnathos, le pays des dieux, et une partie de leur panthéon. C'est délibéré de ma part, un moyen pour moi de tresser un lien entre mes différents livres.
Les autres romans que j'ai écrits sont davantage du domaine du fantastique ou de l'aventure et c'est de plus en plus vers ces thèmes-là que je penche actuellement dans mes projets.
ATEMPOREL : En général quelles sont vos sources d'inspiration ou d'influence ? Pourriez-vous nous énoncer quelques uns de vos livres et films fétiches ?
Anaïs CROS : Je prends mes sources d'inspiration partout où je peux, dans tous les films que je vois, dans tous les livres que je lis, dans certaines musiques aussi, même si je ne pioche à chaque fois qu'un élément ou deux.
En matière de livres je suis une grande fan de Robin Hobb ( qui connaît l'Assassin Royal ne peut manquer de déceler son influence dans les Lunes de Sang) et, évidemment, du Seigneur des Anneaux, mais j'avoue que je ne lis pas grand-chose d'autre en fantasy, je suis plutôt polars, fantastique ou romans d'aventures. Un auteur contemporain culte à mes yeux est Stephen King, qui porte bien son nom, mais en général j'ai un faible pour les auteurs vraiment plus anciens : Conan Doyle, Agatha Christie, Jules Verne, Victor Hugo, Maupassant, Oscar Wilde...
Et pour ce qui est des films que j'aime, ils sont si nombreux qu'ils me faudraient des pages pour tous les noter ! Je suis cinéphile et j'adore aller m'enfermer dans les salles obscures. Mais s'il faut donner des noms... Le Seigneur des Anneaux ( Encore, je sais, mais c'est devenu inévitable... ;o), tous les films qui touchent à Sherlock Holmes, tous les vieux films d'horreur de la Hammer avec Christopher Lee ou Peter Cushing, complètement kitsch mais excellents, Indiana Jones, le Silence des Agneaux ( un film qui vous ferait aimer les cannibales... lol), Le Pianiste, X-men 2, etc. Ce n'est qu'un minuscule échantillon de ce que j'aime, mais ça peut déjà vous donner une idée...
J'essaye d'avoir des goûts aussi éclectiques que possibles pour avoir des multitudes de références et pouvoir ensuite les mixer à ma sauce. Plus l'horizon est large, plus il ouvre de possibilités. Aucun de ces films ou livres, en dehors de Sherlock Holmes, n'est en connexion directe avec ce que j'écris, mais je puise dans chacun des petits éléments que j'essaye ensuite de combiner de manière originale, particulièrement en assemblant des choses que l'on ne verrait pas forcément ensemble de prime abord ( comme par exemple le racisme en fantasy... un comble pourtant pour un genre où les "races" sont si nombreuses ! ).
ATEMPOREL : Et puisque vous avez beaucoup de talent, avez-vous d'autres projets que celui des aventures d'Evrahl et Listak ?
Anaïs CROS : Je viens de terminer un roman à mi-chemin entre le fantastique et la fantasy que je vais soumettre à des éditeurs dans les prochains temps. Il racontera comment un garçon de douze ans, Théo, se retrouve dans un pays appelé Cauchemar et doit surmonter de nombreuses épreuves pour le traverser. J'espère trouver une maison d'éditions preneuse. :o) En dehors de ce roman, j'ai des dizaines de projets qui ne demandent qu'à se concrétiser comme par exemple une histoire de loups-garous. L'écriture est quelque chose dont je ne peux pas me passer et le jour où je n'aurai plus de projets dans ce domaine-là... c'est que je serai morte ! lol
Les livres de Anaïs CROS chroniqués sur Atemporel.com - Les Lunes de Sang