Bonjour Aurélien. Nous t'avons découvert à l'occasion de la
sortie chez Nestiveqnen du roman le Carnaval des Abîmes dont
tu as signé la couverture. Comment as-tu décrochée cette commande ? As-tu travaillé avec l'auteur ?
Je connais Jérôme Noirez, l'auteur du Carnaval des Abîmes, depuis quelques années déjà. Nous avons travaillé ensemble sur plusieurs projets liés à l'édition ou au spectacle et nos univers personnels se recoupent très souvent dans leurs thématiques. Nous avons eu de nombreux projets pour la jeunesse, un domaine qui me tient particulièrement à coeur, même si pour le moment, nos petites histoires n'ont pas encore pu être publiées. Nous nous sommes également retrouvés sur le Fantasmatographe, une idée originale de Maël le Mée. Reprenant le principe du cinéma muet, ce spectacle alliait projection d'images d'archive des années 50 et accompagnement musical joué en live par Jérôme lui-même. Le thème de ce spectacle tounait autour des eidolies, ces formes que l'on croit deviner dans les nuages, dans les motifs du papier-peint ou dans les fissures des murs...
Pour en revenir au Carnaval des Abîmes, C'est Jérôme lui-même qui m'a proposé en tant qu'illustrateur auprès des éditions Nestiveqnen pour réaliser la couverture du dernier tôme de Féerie pour les Ténèbres. Cette trilogie, par certains de ses aspects, est très proche des thématiques que je developpe au sein de mon propre travail : cette incursion de la technologie dans un milieu qui lui est d'ordinaire totalement étranger, par exemple. Jérôme souhaitait voir l'un des trois personnages féminins sur cette couverture, les deux précédentes mettant exclusivement des hommes en scène. Hors, les véritables piliers de la trilogie sont justement des femmes. Mon choix s'est donc porté sur Grenotte, une filette un peu morveuse qui apprend dans le dernier volume à modeler les ténèbres.
Tu utilises beaucoup le numérique pour réaliser tes oeuvres.
Comment travailles-tu ?
Je me sers du numérique et plus précisément de Photoshop pour mixer tout un ensemble d'éléments disparates, que ce soit du dessin, de la photographie, de la peinture, des scans de textures diverses... C'est ce qu'on appelle le mixed-média. Cette forme de création a gagné ses lettres de noblesse avec des artistes comme Dave Mckean, par exemple. Cependant, ce sont les Surréalistes qui ont véritablement défriché cette façon de faire en combinant des éléments étrangers entre eux pour constituer une oeuvre cohérente au sein d'une même toile ou installation.
De ce fait, je réalise de nombreuses photographies, je collecte de vieux livres que je scanne ensuite pour me faire toute une bibliothèque de textures, je peins, je dessine... Cette approche permet d'expérimenter de nombreuses choses et de se renouveller très régulièrement en tentant d'associer ces éléments qui n'auraient pas forcément pu se rencontrer autrement.
Tes oeuvres sont assez atemporelles, c'est d'ailleurs ce qui nous
a plu mais, peux-tu nous en dire plus sur toi ?
Vaste question... Eh bien, suite à des études de lettres à l'université, j'ai abandonné mon DEA en cours d'année pour venir m'installer à Dijon en 2001 et me consacrer exclusivement à l'illustration. Je n'ai reçu aucune formation relative au graphisme. Je me suis formé sur le tas comme on dit, en me confrontant à l'outil informatique et en mulipliant les expérimentations. D'abord sur le web au travers de réalisations d'interfaces pour des sites internet puis, petit à petit, à l'illustration à proprement parler... Les premières commandes professionnelles sont arrivées relativement vite et c'est de cette façon que j'ai commencé à décrocher des commandes pour divers jeux de rôles comme Rétrofutur puis Kult, par exemple.
Depuis lors, je travaille en tant qu'indépendant, chose malaisée s'il en est car les commandes ne se succèdent pas toujours comme on l'espererait. On traverse inévitablement des périodes de flottement, d'autres de travail intense, le plus difficile étant bien entendu d'en vivre. J'ai la chance d'avoir beaucoup de soutien, des proches qui croient en mon travail et me permettent de continuer sur cette lancée. Avec le temps cela finit par payer, les contacts se démultiplient et j'ai la chance de toucher un public international de plus en plus varié venant d'horizons différents. Cela me permet également de me diversifier et d'enrichir mon travail.
Peux-tu nous en dire davantage sur tes sources d'inspirations ?
Je parlais des Surréalistes précédemment. Ils ont indéniablement joué un grand rôle dans la façon que j'ai de concevoir ma technique de travail. Je fonctionne beaucoup par association.
Autrement, j'aime tout particulièrement les travaux d'Aubrey Beardsley mais aussi l'Art Nouveau par extension. Je crois que cela se retrouve dans certains aspects de mon travail, notamment au niveau des silhouettes de certains de mes personnages, de leurs proportions...
Et puis ensuite il y a l'inévitable Dave Mckean qui a su offrir au grand public un univers très particulier et reconnaissable entre mille. Ses images ont influencé toute une génération d'illustrateurs, le plus difficile étant ensuite de savoir s'en défaire et d'apporter en quelque sorte sa pierre à l'édifice sans tomber dans le plagiat ou l'hommage trop direct.
Mais en réalité, je regarde très peu le travail de mes collègues illustrateurs et ce, pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce que cela me déprime de voir toutes ces sublimes images que je ne saurai jamais faire et ensuite, parce que je ne veux pas être trop influencé. Je préfère de loin me laisser imprégner par la littérature, le cinéma ou tout simplement par ce qui m'entoure au jour le jour.
Et puisque nous parlons cinéma, je citerai donc forcément Tim Burton (mais qui n'a pas été marqué par Tim Burton ?) qui a su renouer avec le merveilleux et nous offrir des contes modernes dont nous avons désormais cruellement besoin. Jeunet aussi m'a fatalement marqué au travers des matte-paintings de Jean-Marie Vivès. Sinon je ne peux pas ne pas nommer Kusturica et son Arizona Dream qui, même s'il ne correspond pas visuellement directement à ce que je fais, a joué un rôle immense dans la formation de mon imaginaire. Et puis pour conclure, il faut citer le Metropolis de Fritz Lang qui est un film fondateur.
Tu proposes à ton public et aux curieux à la fois un site web et à
la fois un blog à part entière, comment gères-tu ces sites ?
Le site phrenologik.com existe depuis quelques années alors que le bog est tout récent. Je voulais ajoĆ»ter une dimension un peu plus interactive à mon site qui me me faisait un peu l'impression d'être un gros caillou inerte. Pendant quelques mois, j'ai animé un forum lié à ce même site mais les bots vantant les mérites du viagra et autres poudres de perlinpinpin ont eu raison de lui à force de le polluer avec des messages sans queue ni tête... Du coup je l'ai supprimé et j'ai ouvert le blog phrenologik.net qui me permet de communiquer plus aisément avec mes visiteurs et surtout de montrer la progression de mon travail sur tel ou tel projet. Le site phrenologik.com quant à lui reste une sorte de vitrine permanente de mon travail, quelque chose de moins volatile que le blog et qui garde une trace de mes activités passées. J'allie donc au travers du blog et du site l'éphémère et le durable.
Enfin, pour nous mettre l'eau à la bouche, ou la larme à l'oeil de devoir attendre, sur quels projets travailles-tu actuellement ?
Je travaille en ce moment sur plusieurs choses.
Deux disques notamment : l'un pour un groupe de rock californien, Love Finds Peter Plogojowitz, l'autre pour Liqueur Brune, un auteur compositeur interprète français, du rock également.
Autrement, je réalise plusieurs visuels pour le compte des Monuments Nationaux autour du thème de la Féerie Médiévale. Ils seront exposés dans le cadre d'un parcours audio-visuel au sein du château de Fougères-sur-Brièves durant l'été. Travail très intéressant s'il en est car cela me permet de me confronter à la fantasy, genre que j'avais plus ou moins délaissé jusqu'à présent.
Je prépare en parrallèle deux expositions. L'une aura lieu à Dijon à partir du 15 mai à la Vapeur durant un mois ; l'autre se déroulera en Tasmanie dans une galerie d'art en compagnie d'autres artistes, sculpteurs, couturiers autour du thème du Steampunk.
J'ai également réalisé la direction artistique d'un court métrage, Coupé Court, réalisé par Pascal Chind dont je parle assez régulièrement sur phrenologik.net. Le film est désormais terminé et sera diffusé au mois de mai sur la chaine 13eme Rue avant de circuler dans les festivals. Pour en savoir plus, je vous invite à visiter le blog du réalisateur.Et puis j'ai toute une pléiade de projets pour la jeunesse et l'édition en général mais rien de bien précis pour le moment concernant une éventuelle publication. A suivre donc !
Les livres de Aurélien POLICE chroniqués sur Atemporel.com Aucun.